Edgar MORIN : « Le Monde moderne et la question juive »

Editions du Seuil, 2006. Collection Non Conforme. 272 p. 12 €

Né à Paris, Edgar Nahoum grandit auprès de ses parents, israélites immigrés qui détiennent un magasin de textile. En juin 1931, il subit un traumatisme sans précédent. Sa mère adorée meurt d’une crise cardiaque. Désarçonné, le petit garçon s’enferme dans son univers : les livres. Sous le choc, l’enfant se rebelle et hait en secret son père. Ce dernier, malgré les sentiments de son fils, le protège et le chérit autant qu’il le peut. En 1938, il rejoint le mouvement des Etudiants frontistes, socialiste, qui s’oppose aux Nazis, et l’année suivante entre dans la Résistance. Il prend le patronyme ‘Morin’, ses amis le surnomment ainsi. A partir de 1958, il rejoint les rangs du Parti Communiste français, où il rencontre François Mitterrand. Etudiant infatigable, il entreprend un cursus de sociologie. Il ne quitte pas l’université après l’obtention de sa thèse, il devient professeur. Entre 1977 et 1991, il élabore une « méthode ». Chercheur émérite au sein du Centre National de la Recherche Scientifique, Edgar Morin cultive la pluridisciplinarité et s’applique à analyser la société d’un oeil malicieux.

« La condition juive dans l’histoire moderne exige d’être traitée dans toute sa complexité, donc sa difficulté. Je me suis attelé à cette tâche, autant pour concevoir les temps modernes dont on ne peut abstraire le ferment juif, que pour concevoir la question juive dont on ne peut abstraire la question des temps modernes. Bien que je veuille avant tout comprendre et faire comprendre, je sais que la compréhension est souvent mal comprise, et je ne peux affronter ce travail sans crainte ni tremblement.
La notion de juif était claire quand elle indiquait une identité à la fois de nation, de peuple, de religion. Dès lors que les juifs ont participé à la culture et à la citoyenneté des gentils, la disjonction entre juif et gentil a masqué la jonction accomplie entre ces deux termes devenus complémentaires mais pouvant demeurer antagonistes selon les développements du moderne antisémitisme (racial) qui succède au vieil antijudaïsme (religieux).
Au terme de cet essai, il a fallu considérer la tragédie provoquée par le nazisme, d’où est né l’Etat d’Israël, et où la notion de juif prend une nouvelle signification. Par malheur, l’implantation d’Israël en terre islamique a créé une nouvelle tragédie d’ampleur planétaire ».

Edgar MORIN

- Cette remarquable synthèse, très facile à lire, rénove de fond en comble la question juive, son histoire et ses enjeux. Au lieu de parler des Juifs, mot dont il revisite tous les aspects, Edgar Morin invente la notion de « judéo-gentils ». Ce concept neuf est un véritable sésame. Il permet de désamorcer toutes les oppositions binaires et réductrices dont se sont nourris l’antisémitisme, le judéo-centrisme et le sionisme contemporain. Il permet de relire l’histoire de l’Occident et de lui donner une signification neuve. C’est véritablement à une nouvelle pensée du fait juif, des passions qu’il a suscitées et suscite encore, mais encore du conflit israélo-arabe, que nous sommes conviés. Un futur classique.

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