MIGRATION CHINOIS : Traditions, valeurs, et bien-être

Editions : Migrations Santé N° 124-125, 2005

Revue Trimestrielle d’Etudes et de Recherches sur la Santé des Migrants

MIGRATION CHINOISE : TRADITION, VALEURS, ET BIEN-ETRE

On parle beaucoup, ces temps-ci, de la Chine en tant que géant économique qui s’affirme en bousculant la mondialisation, mais on parle peu d’une immigration chinoise qui a sa propre histoire, ses références et son mode de vie en France.

Le présent ouvrage grâce à des études variées et argumentées permettra aux lecteurs d’avoir un aperçu suffisamment consistant sur la question.

En annexe, nous avons groupé quatre notes préparées par Brigitte Tison, que le lecteur pourra consulter pour avoir une vue d’ensemble, auxquelles nous avons ajouté un texte relatif à la pensée chinoise – le Tao – de Awad Fouatih.

Les premiers Chinois sont arrivés en France individuellement à partir du 18ième siècle, suite aux contacts qu’ils ont eu avec les missionnaires jésuites.

Durant la Guerre de 1914-1918, on a pu estimer jusqu’à 100 000 travailleurs chinois, affectés à des réparations de lignes ferroviaires et qui dès la fin du conflit retournèrent dans leur grande majorité en Chine. A partir de cette période, le flux des migrants chinois vers la France ne s’est jamais tarie. Il fut constitué essentiellement d’étudiants et de personnes originaires des régions de Wenzhou et de Qingtian.

A partir de 1975, on assista à une arrivée importante de réfugiés venant du Sud-Est asiatique dont beaucoup étaient d’origine chinoise, établis au Vietnam, au Laos, et au Cambodge, puis, plus tard de Hong Kong et de Macao. Leur installation s’est faite essentiellement dans Paris et sa région, suivant des secteurs d’activité bien définis.

Au premier abord, l’immigration chinoise en France fait peu parler d’elle, ceci est dû à plusieurs facteurs qui seront détaillés à travers les textes qui suivent Céline Delerablée, à travers ses rencontres avec les étudiants chinois, explique la signification des codes de bienséances chinois. Il ne s’agit pas d’une présentation exhaustive de ces codes de bienséances, mais plutôt de rendre compte, à partir d’exemples concrets de l’importance de ces codes de bienséance dans la communication interculturelle, « et de prendre conscience que certains actes anodins dans une culture ne le sont pas toujours dans une autre ».

Pour montrer l’importance significative du caractère inconscient ou inexplicable des modes de communication pour quelqu’un qui est baigné dans sa culture, l’auteur nous cite la réponse de cet étudiant chinois exacerbé par la répétition de questions : pourquoi ceci ou pourquoi ça : » Pourquoi, pourquoi ? ! Pourquoi les Français aiment-ils tellement les petits chiens ? « , exprimant ainsi son double sentiment la stupidité des questions posées et en même temps son incapacité à formuler clairement l’origine d’une habitude.

Les changements structuraux de la société chinoise intervenus depuis 1949, accentués par la politique de l’enfant unique décidée à la fin des années 1970, ont bouleversé les rapports entre générations. Le comportement des grandsparents attachés aux traditions et aux valeurs ancestrales et celui des nouvelles générations aspirant à la modernité, montre que beaucoup de changements sont intervenus dans la culture et les traditions chinoises. Ce qui demande une révision de notre regard sur la société chinoise et de faire abstraction d’idées reçues, bien ancrées dans certains esprits.


- Olivier Zamfiresco, relate les commentaires d’un enseignant de langue française sur la communication qu’il a pu établir avec des étudiants chinois. Sur les 150 000 Chinois qui étudient à l’étranger ; 27- 000 le sont en France et ce chiffre est en pleine expansion dans le paysage universitaire français.

Les étudiants que l’auteur a côtoyés, ont entre 18 et 20 ans, il nous parle de leurs caractéristiques et de leurs spécificités, leur réaction face à un enseignement foncièrement différent du leur. La question de l’enseignement français doit être adaptée à leurs besoins particuliers. Il aborde les différences interculturelles et psychologiques qui peuvent constituer des freins à leur intégration universitaire et professionnelle. Loin de répondre à toute les questions soulevées, « cet article propose simplement un aperçu de la situation de ses apprenants pas comme les autres, une plongée au cœur de l’enseignement et de la salle de classe, fruit d’observations et de ressentis issus d’un travail de deux ans au Pôle universitaire Européen à Nancy. à la Faculté de Nancy Il et à l’Ecole des Mines de Nancy ».

- L’article de Jean-François Papet aborde la sphère de la famille, de la santé et de la naissance chez les migrants chinois originaires de Wenzhou/Qingtian ; il est le fruit d’une vingtaine d’années d’observations. Après avoir situé les lieux de ses investigations en Chine, au sud de la province du Zhejiang, il trace la trajectoire de ces populations migrantes et les différents lieux de leur installation en France, puis évoque la vie d’un chinois de Wenzhou sans papiers qui n’est autre qu’ « une vie de bœuf ou de cheval » qu’illustre le beau poème de Shan Zeyang, intitulé « Complainte de l’ouvrier clandestin ». L’expression chinoise « faire le bœuf, faire le cheval » signifiant se tuer à la tâche telle une bête de somme.

Pour les migrants chinois de Wenzhou, la décision de s’expatrier est très rarement une décision prise individuellement. Elle s’inscrit plutôt dans des stratégies migratoires familiales.

Les structures familiales relèvent d’une filiation patrilinéaire. Le fils est l’héritier de son père, de son grand-père paternel, et de tous ses ancêtres en ligne paternelle. « II leur doit respect et obéissance absolus de leur vivant C’est le fils qui entretiendra ses parents devenus vieux ».

Le mariage joue un rôle important pour la préservation de cette chaîne lignagère. Ainsi le mariage n’est pas l’affaire de deux individus, mais de deux familles à travers des négociations matrimoniales menées par une marieuse. A signaler que les migrants chinois installés en France, ont une certaine liberté dans le choix du conjoint du fait de leur affranchissement des parents restés au pays.

S’agissant des pratiques relatives à la santé et la maladie, les migrants originaires de Wenzhou, sujets de cette étude, à la différence des citadins qui allient conceptions médicales traditionnelles et notions modemes de bio-médecine, s’appuient essentiellement sur des notions de médecine chinoise traditionnelle.

- Pour compléter cet article, nous avons jugé intéressant d’y adjoindre une communication, de Jean-Fançois Papet et HSIEH Ting-chih, faite lors du Colloque Réseau Asie les 24 et 25 septembre 2003, autour de l’interprétation du Sida selon les principes de la médecine chinoise traditionnelle : « Le Sida sans virus » Ce texte donne un aperçu des représentations du corps et de la maladie dans la culture chinoise.

- L’étude comparative de Maud Bouchard et Priscille Sauvegrain, sur la grossesse, l’accouchement et le suivi de la grossesse de femmes chinoises et de femmes françaises à Paris, « introduit quelques notions sur les rites et croyances en Chine autour de la naissance, ainsi que sur le suivi de parturientes d’origine chinoise en France. Puis les auteurs présentent une étude épidémiologique comparative réalisée à la matemité de l’hôpital Saint Antoine, à Paris ».

Dans la première partie de l’article sont abordés les rites et croyances chinoises autour de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum, suivi de la grossesse, l’accouchement et la période des suites de couches en France.

Quant à la deuxième partie, elle est consacrée à l’étude comparative de la grossesse et de l’accouchement chez des femmes françaises et des femmes chinoises, à la matemité Sainte-Antoine. En conclusion, les auteurs préconisent des solutions pratiques de manière à améliorer la prise en charge des femmes chinoises en matemité.

- L’article traitant du parcours de jeunes mineurs isolés chinois en France, constitue la deuxième partie d’une recherche qu’Eglantine Cherfaoui Levecque a effectuée dans le cadre du diplôme d’éducateur spécialisé. L’auteur s’est intéressé à la prise en charge des mineurs étrangers isolés en Centre Educatif et Professionnel. l’article s’articule autour de l’observation des situations de deux jeunes chinois accueillis dans le groupe où l’auteur effectue son stage. Suite à la présentation des deux situations, une revue et analyse des aspects qui permettent un meilleur accompagnement, en prenant en compte le statut d’exilé et les spécificités culturelles sont proposées.

- Une étude sur la structure de personnalité d’enfants chinois, d’âge pré-scolaire fondée sur les perceptions de leurs professeurs vient compléter cette série d’articles sur l’immigration chinoise en France. Ce travail a été réalisé en 2002, par Wen LIU et Lizhu YANG du Département de Psychologie de l’Université Normale du Liaoning en la République Populaire de Chine et que Madame Brigitte Tison a eu l’amabilité de traduire pour l’actuelle publication.

En préambule de leur étude, les deux auteurs exposent pour mieux situer leur travail, un récapitulatif des différentes théories et écoles qui traitent du développement chez l’enfant, avant de se consacrer au sujet de l’étude qui a consisté à l’analyse d’un questionnaire ouvert effectué par 196 professeurs de jardins d’enfant des villes de Dalian, Jinzhou et Wuhan, concernant les descriptions de 588 enfants.

L’analyse des résultats des 90 items du questionnaire, « montre que la personnalité des enfants chinois d’âge pré-scolaire se compose de cinq éléments qui sont les suivant : l’intelligence/conscience de soi, la volonté, l’humeur/émotion, le comportement social et la vitalité « .

- Pour clôturer ce numéro, nous proposons quatre notes réalisées par Brigitte Tison, qui a eu l’amabilité de préparer ce numéro avec nous et que nous remercions vivement.

La première note situe le processus migratoire des populations chinoises et leur installation en France. Elle trace un bref aperçu historique de cette migration chinoise à partir de son foyer d’origine qui se trouve à Wenzhou, leur installation dans la région parisienne et à travers la France.

La seconde note aborde la place de l’enfant dans la famille chinoise immigrée, après un rappel succinct sur la structure familiale chinoise traditionnelle, sur l’évolution du processus de contrôle de naissance depuis son instauration en 1957, jusqu’à nos jours, et notamment sur la politique de l’enfant unique. La troisième note traite du vécu des adolescents chinois en France à travers l’étude de cas d’un jeune et la quatrième présente en quelques mots le Qi congo dans la médecine chinoise. Une note de Awad Fouatih traitant du Tao dans la pensée chinoise, clôt ce numéro.

Bonne lecture et au plaisir de recevoir vos observations, suggestions et textes.


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