Sonia COLIN & Françoise ESTIVAL : « Rouge arménien »

Paris : L’Harmattan ; 2009. Collection Écritures. 190 p. Prix éditeur : 18 €

Préface de Miguel BENASAYAG : Argentin, il a été prisonnier politique. Il vit actuellement en France. Philosophe et psychanalyste, il est aussi chercheur. Il a, entre autres, décrit l’effet miroir de l’expulsion des sans papiers.

Françoise ESTIVAL et Sonia COLIN sont enseignantes, l’une en activité, l’autre retraitée. Dans leur école de ZEP, ce sont des valeurs humaines qui les ont réunies et en particulier leur sensibilité aux difficultés des familles étrangères pour obtenir le droit de vivre en France.

Rouge et arménien, comme le fichu de Diana, jeune arménienne débarquant dans la classe deValentin, insouciant lycéen d’une section littérature à option musique.
Rouge comme la relation Valentin-Diana, comme leur rencontre, comme la vie de la famille de Diana. Arménien comme leur courage. Arménien comme les papiers d’Arménie, mais ici les papiers qui manquent. Arménien « sans-papiers ».

D’espoirs déçus en angoisses permanentes, leur chemin se construit avec beaucoup de contours et peu de lignes droites. Il est jalonné par la prise de conscience de leur entourage d’une famille traquée, son terrifiant passé, son tout aussi terrifiant avenir. Ce roman nous donne à voir de l’intérieur ce que vivent les personnes à qui on refuse de délivrer un titre de séjour. II repose sur des faits réels et actuels.

[EXTRAITS]

J’ai voulu fuir. Mais quoi, espèce de folle. C’est ta chance, le lycée. Tu ne vas pas rater ta chance ? Alors, je me suis agrippée à mon bureau ; mes phalanges blanchissaient tant j’étais crispée. J’ai regardé la prof et j’ai senti malgré tout de la bienveillance. J’ai lâché le bureau, et lentement je me suis levée, tremblante, le ventre noué. Terrorisée, je ne la quittais pas des yeux ; je ne pouvais tourner mon regard vers les élèves qui devaient me fixer et me juger. J’ai fini par chanter. En arménien.

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Je ne suis ni rouge, ni bleu, ni vert ; je ne suis ni noir, ni blanc. Je suis moi, malheureux, effrayé. Et mon avenir est incolore. Au bilan, les seuls que je n’arrive pas à mobiliser sont mes parents. Un mur s’est élevé entre eux et moi, entre eux et mes « enfantillages ». La loi, c’est la loi. On doit suivre la règle.
- Même si elle est injuste ? Même si Diana, ses sœurs, et sa mère sont en danger ?
- On n’expulse pas vers les pays pas sûrs !
- Si ! C’est la réalité ! Il suffit de s’informer.

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